Ces amazones de l’agriculture

 

Au Mali, on a le sable, le soleil, les fleuves Sénégal et Niger mais on a aussi des femmes avec des projets formidables. Elles sont partout sur le terrain et investissent dans leurs villages, là où, le besoin est grand et, à l'abri des regards sans les phares des médias. Elles semblent toutes avoir un slogan; investir pour un changement de conditions de vie.
Une amazone, ça ne porte pas que les armes. Elle ne fait pas que la guerre. Une amazone, pour moi, ce sont toutes ces femmes qui se battent au quotidien pour la survie de leurs familles, de leurs postérités et l'essor de leurs conditions de vie. Elles sont de tout âge, de toute culture et viennent de toutes castes de la société malienne et guinéenne. Ce sont toutes ces femmes que j'ai rencontré dans le cadre du projet Un Monde Sans Faim (UMSF) que la DVV International Afrique de l'Ouest finance en milieu rural. Amener les femmes rurales à s'approprier le savoir dans leur langue et les techniques culturales novatrices tout en étant informé sur leurs droits élémentaires et leurs devoirs sociaux est le principe directeur des projets SSF et UMSF de la DVV International.
Je suis arrivée à Bamako un cinq janvier dans la nuit et le lendemain me voici déjà sur les routes, les pistes et les petits sentiers des campagnes maliennes visitant chaque Cercle Reflect et ses parcelles maraîchères. En vingt jours, je connais le Mali du centre au Sud et jamais une mission de Suivi et Evaluation n'a été aussi intéressante. Dans le droit coutumier traditionnel de ce pays, les femmes n'ont pas le droit de posséder la terre. Avoir un champ est donc un rêve inatteignable jusqu' aujourd'hui dans certains villages. Elles n'ont droit et ne peuvent labourer que le champ familial dont le produit de la vente reviennent aux maris. Depuis l'arrivée du projet USMF, elles disposent des parcelles de champs, que les autorités traditionnelles leurs ont cédé de bon cœur, qu'elles mettent en valeurs.

Parcourir, découvrir et s'inspirer

Dès le lever du soleil, elles sont parties en groupe pour puiser de l'eau d'arrosage, sarcler et rependre le fumier dans les champs. Elles reviendront vers neuf heures pour les travaux de la maison et l'après-midi, elles sont dans les cours d'alphabétisation en Bamalankan. Dans ces cours, elles apprennent les techniques agricoles et font l'inventaire de leurs caisses d'épargne. Tout au long de mon périple, j'ai observé ces belles femmes. La source de cette beauté est cette force intérieure qu'elles ont décidé d'utiliser pour faire bouger les lignes des cultures ancestrales dans le respect des valeurs endogènes.
Du centre au Sud du Mali et au-delà des frontières en Guinée-Conakry, les femmes ont décidé de s'investir dans le développement durable en assumant leur rôle premier qui est d'assurer le bien-être de leurs familles et de la société. Ce sont mes amazones. Je les côtoierais trois mois et j'apprendrai certainement beaucoup d'elles. Surtout leur humilité et leur sens de la dignité malgré la vulnérabilité.
Que ce soit sur les berges ou dans les vallées du Niger, dans les plaines arides, elles se sont appropriés la terre et en ont fait une histoire qu'elles sont en train d'inscrire dans le temps afin de marquer leur époque. Une sorte d'épopée semblable à celles des amazones ; ces puissantes chasseuses d'antan. Disons qu'elles sont des amazones de la révolution agricole.

Rendodjo Em-A Moundona, stagiaire DVV International Mali